Le bruit du temps.

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Il y a tout juste un an, la librairie, contrainte par les circonstances, a connu une fermeture de huit semaines. Puis une autre quelque mois plus tard. Nous avons surmonté l’une et l’autre, exposés aux incertitudes, aux contrariétés incessantes, aux inquiétudes de l’attente, toutes choses que nous n’aurions pas pu surmonter sans votre aide, votre constance et votre fidélité.

Nous avons également suspendu l’ensemble de nos rencontres. Nous ne les reprendrons qu’au moment voulu, en souhaitant que ce moment soit proche.

« […], l’idée de rassembler en un seul lieu l’ensemble des savoirs, des récits et des chants est ancienne, et elle oscilla toujours, quelle que soit l’époque, entre raison et magie, entre quelque chose de solaire et de géométrique et quelque chose de nocturne et de rayonnant. » Jean-Christophe Bailly.

 

Nous sommes désormais, déclaration tardive, comme on dit « un commerce essentiel », il faut du moins remarquer que nous ne le sommes pas plus que d’autres. La littérature, l’art, la pensée, peuvent-être des pratiques dont on ne peut se passer. Voilà qui compte d’abord.

Le travail de libraire est, pour citer Georg Büchner, d’assurer « les possibilités d’existence » d’un livre, sa circulation, sa visibilité, ses lectures, sa conservation, ou pour le dire autrement de créer « les conditions de possibilité » de ses modes d’exister.

C’est-à-dire favorise ce que nous nommons la rencontre, entre un lecteur singulier et un objet singulier.

Il nous semble que la librairie est le lieu propice à cette idée.

C’est aussi faire que le livre trouve sa juste destination, tout livre attend sa lecture et toute lecture contient un « à faire suivre ». Au reste, lire n’est pas un savoir, ni même une certitude mais une recherche et une expérience.

L’une des « missions » principales du libraire consiste dans la présentation au public des « œuvres » dont il assure  la garde et la transmission, pour certains il ne s’agit que d’opportunité (suivre les prescriptions du marché) mais quand le libraire (est un libraire) le choix de cette présentation est pensé, réfléchi. Il s’agit d’organiser un espace, mettre du relief (au sens de ce qui fait saillie sur une surface, de faire ressortir ceci plutôt que cela, de mettre en valeur, mais vous savez aussi que le mot relief veut dire ce qui reste d’un repas, et dans le travail c’est ce qui reste qui intéresse, c’est-à-dire une fois le tri opéré, qu’est-ce qui va rester, qu’est-ce qui mérite de continuer et de durer, qu’est qui va durer par-delà les modes et l’époque.

C’est entretenir la possibilité des conditions de surprise. Quelque chose doit s’ouvrir à l’inconnu. Et pour cela il faut un regard neuf, étonné, enthousiaste, autrement on ne perçoit que ce qu’on s’attend à voir, ce à quoi on est habitué. Il faut savoir accueillir le détail inaperçu, les existences moindres et les distinctions irréductibles. « Toutes les petites choses demandent de la lenteur. »