vendredi 22 avril - Rencontre avec Jean-Baptiste Brenet pour Que veut dire penser ? Arabes et Latins - 22/04/2022

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Le vendredi 22 avril à 20 heures :

 

Rencontre avec

Jean-Baptiste Brenet

 

A l’occasion de la parution aux éditions Rivages de

Que veut dire penser ?

Arabes et Latins

*

 

« Jusqu’où peut-on remonter dans l’histoire de ses propres pensées ? Il arrive qu’on se demande quel est le souvenir le plus ancien que l’on ait gardé, l’image d’enfance la plus lointaine, la première scène marquante, mais cela vaut-il pour la pensée ? Se souvient d’une pensée primitive ? Et si l’on admet qu’on se soit mis à penser, qu’il y ait eu une première fois (ce qui n’a rien d’évident), en a-t-on conservé la mémoire ? La réponse est non et c’est remarquable. »  

Jean-Baptiste Brenet

 

La modernité européenne prétend s’ouvrir avec Descartes et sa déclinaison d’un cogito qui paraît tout englober. Cela pourtant n’eut lieu que par recouvrement de ce que les siècles précédents, qui virent naître la figure de l’intellectuel, avaient produit en arabe et en latin. Qu’y a-t-il de bouleversant – gelé par l’oubli, et donc neuf – dans ce que les médiévaux ont pu soutenir de la pensée ? C’est ce qu’on cherche ici, en variant librement les entrées. Car la pensée est plurielle. Si l’intellect est pour Aristote comme la main, instrument d’instruments, la pensée l’est aussi. Penser est une main, un outil fait d’outils, un mot rempli de mots. L’homme n’est pas l’être sans œuvre, il est celui dont l’acte n’a pas qu’un nom, l’animal dont l’œuvre propre est innommable autrement que dans la multiplicité. Voici par conséquent une sorte de lexique, certains repères d’une carte mentale où se profile, dans les connexions, ce que penser peut signifier.

 

 

« L’universel devant émerger du sensible, intelliger est d’abord abstraire. Abstraire signifie défaire la chose de son individualité, et donc puisque la matière fait l’individu, la dématérialiser. Tout philosophe le dit, pourrait le dire, et c’est assez beau. C’est l’idée qu’on pense par soustraction, en ôtant. La pensée est une mise à nu, un dépouillement, un effeuillage. Un être est là, à quoi l’on retire quelque chose, et sa pensée n’advient que dans ce retrait. On intellige pas en étreignant la chose, dans sa complexité sa totalité, ni par agrégation, par ajout, par ajustement, par greffes. On intellige par césure ou soustraction. La pensée est le résidu le restant d’une découpe ou d’un tri qui, laissant la matière aux portes, libère, produit ou même crée, disent certains textes, l’intelligible. »

Jean-Baptiste Brenet

 

 

Jean-Baptiste Brenet est philosophe, spécialiste de philosophie arabe et latine. Il est professeur à l'université Paris I Panthéon Sorbonne, où il enseigne l'histoire de la philosophie arabe médiévale.

Il a publié notamment aux éditions Verdier, Robinson de Guadix (Une adaptation de l’épître d’Ibn Tufayl, Vivant fils d’Éveillé), Intellect d’amour (avec Giorgio Agamben), et Je Fantasme (Averroès et l’espace potentiel).